JETP : Leçons, défis, opportunités et rôle de la société civile sénégalaise
La transition énergétique est un enjeu mondial crucial dans la lutte contre le changement climatique. Pour accompagner les pays dans leur décarbonation tout en tenant compte des impacts sociaux et économiques, les Partenariats pour une Transition Énergétique Juste (JETP) offrent une solution innovante.
Lors de la COP29, le Sénégal a confirmé son engagement avec un JETP estimé à 2,5 milliards d’euros, actuellement en phase de développement. Sa réussite repose sur une gouvernance inclusive et transparente, où la participation active des organisations de la société civile (OSC) et des communautés locales est essentielle.
En collaboration avec Oxfam, la Fondation Heinrich Böll Stiftung, Natural Justice, African Climate Foundation et Global Strategic Communications Council, NRGI a contribué à la création de PACTEJ, une plateforme dédiée à renforcer les capacités des OSC et communautés pour leur implication dans le JETP. Le 27 septembre 2024, NRGI a organisé un webinaire réunissant plus de 80 participants de divers pays, animé par des experts comme Abraham Octam Halim, Jacob Blessing Motsh Manale, Dr Fatima Diallo et Awa Ndione Sène. Cet événement a permis d’échanger sur les expériences internationales, notamment celles de l’Afrique du Sud et de l’Indonésie, et de tirer des enseignements pour le Sénégal.
Ces leçons montrent que l’implication des OSC est cruciale pour défendre les droits des communautés, surveiller la gestion des ressources et garantir la redevabilité des décideurs. Ce blog met en lumière l'évolution des JETP à l’échelle mondiale et vise à enrichir le débat public au Sénégal, en s’inspirant des succès et des défis rencontrés ailleurs.
L'évolution du JETP et son importance
L'évolution du JETP dans le contexte mondial
Le JETP est actuellement mis en œuvre dans quatre pays : l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Viêt Nam et le Sénégal, avec un financement total engagé d’environ 46,5 milliards de dollars. Chaque pays adapte ce mécanisme à ses priorités énergétiques et socio-économiques pour une transition énergétique juste.
En Afrique du Sud, où le charbon domine la production électrique à 84,63 %, le JETP vise à une sortie progressive du charbon. En Indonésie, avec 61,55 % de charbon et 17 % de gaz dans le mix énergétique, l’objectif est d’accroître la part des énergies renouvelables tout en soutenant les communautés affectées. Au Sénégal, l’accent est mis sur le développement rapide des énergies renouvelables pour éviter une dépendance excessive au gaz naturel.
Pour le Sénégal, futur producteur de gaz, le JETP représente une opportunité cruciale pour prévenir un "verrouillage au gaz" qui risquerait d’entraîner des coûts énergétiques élevés, une dépendance accrue et une énergie moins durable. Prioriser les énergies renouvelables est essentiel pour garantir une transition responsable, soutenant à la fois les communautés et une transformation économique durable.
Importance du JETP pour le Sénégal
Le JETP offre au Sénégal l’opportunité d’atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030. Ce partenariat, signé le 2 juin 2023 avec des partenaires du G7 (Allemagne, France, UE, Royaume-Uni, Canada), mobilise 2,5 milliards d'euros sur 3 à 5 ans.
Un organe de gouvernance structuré a été établi, incluant un Comité de pilotage (COPIL) dirigé par le ministère de l’Énergie, une unité de coordination (UC) et des groupes de travail sur la gouvernance, l’équité, la finance et la technologie. Les avancées incluent des consultations publiques, l’élaboration d’un plan d’investissement avec l’Institut Tony Blair, et des livrables stratégiques sur la transition énergétique.
Cependant, des défis subsistent : la validation des livrables, l’intégration des projets dans le plan, le renforcement des capacités de l’Unité de Coordination (UC) et la finalisation du plan d’investissement avant la COP29. Des ateliers régionaux sont prévus à cet effet pour sensibiliser les communautés.
PACTEJ pourrait identifier des priorités clés telles que l’accès à une énergie abordable pour les populations vulnérables, la promotion de la transparence dans la sélection des projets, l’évaluation de la pertinence des critères de sélection et la protection des droits des travailleurs et des communautés affectées.
Les OSC, via la plateforme PACTEJ, jouent un rôle clé pour garantir une transition juste, en promouvant la transparence, l’inclusion et la protection des droits des travailleurs et communautés. Néanmoins, les partenaires du G7 ont mis en garde contre des attentes irréalistes, soulignant que le JETP ne résoudra pas tous les défis énergétiques du Sénégal.
Leçons tirées des expériences sud-africaine et indonésienne
L'Afrique du Sud, pionnière du JETP avec un partenariat de 8,5 milliards de dollars signé en 2021 avec un plan d'investissement ambitieux, illustre les défis d’une transition juste. Les financements, majoritairement sous forme de prêts, restent insuffisants face à des besoins estimés à 95 milliards de dollars. La fermeture précipitée de centrales a entraîné des impacts sociaux et économiques majeurs, exacerbés par des tensions avec les syndicats et une faible consultation des parties prenantes.
L'Indonésie, avec un JETP de 20 milliards de dollars signé en 2022, offre une approche plus inclusive. Avec un plan clair d'investissement, elle a mis en place une gouvernance qui promeut la transparente, organisé plus de 200 consultations avec des parties prenantes, impliqué plus de 100 OSC et mobilisé des fonds publics et privés pour des projets d’énergies renouvelables. Cependant, des obstacles bureaucratiques ralentissent l'exécution des projets.
Ces expériences montrent l’importance d’une gestion participative et équitable pour une transition réussie. L'engagement des communautés locales, illustré par le slogan « rien à propos de nous sans nous », est central. Des initiatives comme « Fair Finance » en Afrique du Sud offrent des enseignements précieux pour le Sénégal et la plateforme PACTEJ. Cependant, les partenaires du G7 rappellent que le JETP ne peut résoudre tous les défis énergétiques seuls.
Rôle des OSC sénégalaises dans le processus JETP
Dans le cadre du JETP, les OSC sénégalaises regroupées au sein de la plateforme PACTEJ, avec des syndicats et organisations communautaires, jouent un rôle clé en sensibilisant les communautés et en favorisant un dialogue inclusif avec le gouvernement.
Cependant, elles déplorent leur participation tardive, limitée à la phase post-négociation, et pointent des défis majeurs : accès à l’information, implication des collectivités territoriales, soutien du secteur privé et sensibilisation des communautés.
Le modèle de financement, comprenant seulement 6,6 % de subventions et principalement des prêts, suscite des inquiétudes sur l'alourdissement de la dette publique. Les OSC appellent à une gestion transparente des fonds pour prévenir la corruption et garantir des bénéfices directs pour les populations vulnérables.
| Pays | Afrique du Sud | Indonésie | Sénégal |
|---|---|---|---|
| Composition du financement | 4 % sous forme de subventions 63 % sous forme de prêts concessionnels 33 % sous forme de prêts commerciaux et de garanties | Non encore publié. | 6,6 % sous forme de subventions, 69,2 % sous forme de prêts concessionnels 1,8 % sous forme de prêts à taux de marché, 12 % et le reste étant sous forme de prêts classiques ou dons |
Source: Navigating Just Energy Transition Together – Shared learnings from South Africa, Indonesia, and Vietnam, Juin 2023
Les OSC, via PACTEJ, participent désormais activement au COPIL et au groupe "Justice et Équité" du JETP. Elles appellent à une réelle prise en compte de leurs contributions dans les décisions et à des projets compensant les impacts des énergies fossiles, tout en favorisant le contenu local.
Pour le succès du JETP au Sénégal, une approche inclusive est essentielle. Cela nécessite d’impliquer pleinement les communautés, collectivités, OSC, femmes et jeunes, en assurant transparence, renforcement des capacités locales, intégration des enjeux de genre et simplification des procédures administratives. Une telle démarche garantirait une transition énergétique véritablement équitable et inclusive.