Sénégal : gouverner ses ressources à l'heure du changement
À l'occasion de la troisième édition du Forum national sur la gouvernance du secteur extractif, les 30 juin et 1er juillet à Dakar, un regard sur les progrès accomplis et sur les choix qui s'ouvrent.
Les 30 juin et 1er juillet, le ministère de l'Énergie et du Pétrole, l'ITIE Sénégal et NRGI réunissent à Dakar, pour la troisième fois, gouvernement, Parlement, société civile, communautés impactées, secteur privé et partenaires internationaux autour de la gouvernance du secteur extractif et de la transition énergétique. Ce Forum national se tient dans un contexte inédit : le pays est désormais un pays producteur de pétrole et de gaz. Dans le même temps, le Sénégal cherche à concilier le développement de ses ressources pétrolières et gazières avec ses ambitions en matière de transition énergétique et de développement durable.
C'est dans ce contexte que les principaux acteurs du secteur se retrouveront à Dakar pour débattre des priorités qui guideront cette nouvelle phase. Les choix de gouvernance qui se font aujourd'hui détermineront si ces ressources se traduisent en services publics de qualité, en résilience budgétaire et en transition énergétique juste pour les populations sénégalaises. Dans sa vision 2050, le Sénégal ambitionne de transformer la gouvernance de ses revenus extractifs en investissements publics durables, réduire sa vulnérabilité aux cycles des matières premières et construire des institutions de redevabilité qui survivent aux alternances politiques, et c'est l'horizon que ce Forum devra contribuer à définir.
Le Sénégal produit du pétrole depuis juin 2024 et du gaz naturel liquéfié depuis février 2025. Le cadre juridique est désormais en place — loi sur la gestion des revenus issus des hydrocarbures, mécanismes de contrôle parlementaire, exigences de transparence. Mais le contexte dans lequel il doit s'appliquer a lui aussi profondément changé : la dette publique, révisée à 132 % du PIB par la Cour des comptes, pèse sur les marges de manœuvre budgétaires ; PETROSEN joue désormais un rôle d'opérateur renforcé dans le développement des projets gaziers ; le gouvernement a lancé depuis 2024 un processus de révision des contrats pétroliers, gaziers et miniers. Dans ce contexte de pression budgétaire et de fortes attentes publiques, ce qui distingue un nouveau producteur n'est pas simplement la taille de ses réserves, mais aussi la solidité de son architecture de gouvernance et sa capacité à garantir, dans la durée, une gestion transparente, efficace et équitable de ses ressources naturelles. C'est précisément pour aborder ces défis que les principaux acteurs du secteur se réunissent à Dakar les 30 juin et 1er juillet.
Vingt ans de présence dans les pays riches en ressources naturelles, et cinq ans d'engagement structuré au Sénégal : aux côtés des institutions publiques, de l'ITIE Sénégal, de la société civile, des communautés et d'autres partenaires, NRGI a contribué à alimenter plusieurs des réformes et débats qui ont marqué cette période, du renforcement du cadre légal sur les revenus extractifs à la mise en place du mécanisme de gestion des plaintes dans le secteur des hydrocarbures, en passant par le renforcement du débat public sur les émissions de méthane, la transition énergétique, le soutien aux communautés impactées et à la création de la PACTEJ. Un bilan détaillé paraîtra prochainement.
Ce que le Forum devra avancer
Le Forum n'est pas le point final de ces efforts : il est un moment de convergence permettant d'en faire le bilan d'étape, d'identifier les écarts qui persistent et de renforcer la cohérence des actions à venir. Les discussions porteront notamment sur la mise en œuvre du cadre de gestion des revenus, la transparence des contrats, le rôle de PETROSEN, la transition énergétique, les minéraux critiques et la participation des communautés et des collectivités. Autant de questions qui demanderont des arbitrages difficiles et une coopération durable entre les différents acteurs.
Ce qui se joue à Dakar dépasse le cadre national. Depuis 2021, le Sénégal a montré qu'un cadre de gouvernance solide sur le papier peut, à force de dialogue, de formation et de diagnostic, se traduire en pratiques concrètes de transparence et de redevabilité. La séquence en cours est maintenant un test de mise en œuvre : pour la trajectoire d'un pays qui veut à la fois valoriser ses ressources, protéger ses communautés et préparer un avenir énergétique à la fois plus durable, plus résilient et plus inclusif. La gouvernance des ressources naturelles n'a jamais été une question de procédures ou de classements. C'est une question de ce que les ressources d'un pays font pour ses habitants. C'est à cette étape décisive que le Forum national entend contribuer.
Les auteurs remercient Amir Shafaie et Papa Daouda Diene pour leurs contributions
Forum national sur la gouvernance du secteur extractif
Les 30 juin et 1er juillet, les principaux acteurs du secteur extractif se réuniront à Dakar pour échanger sur les défis et les priorités de la gouvernance des ressources naturelles au Sénégal.
Authors
Aida Diop
Senegal Country Manager
Abdoulaye Ba
Senegal Senior Program Officer
Alexandra Malmqvist
Senior Communications Officer