Voix des territoires : Expériences et défis de la transition énergétique au Sénégal
Messages clés
- Les énergies renouvelables peuvent devenir un puissant levier de développement local (électrification, emplois, revenus communaux, soutien aux PME) à condition de répondre aux besoins réels et d’éviter les tensions foncières et économiques.
- Les collectivités locales et les communautés soutiennent l’idée d’une transition énergétiques mais ignorent le JETP. De ce partenariat, elles attendent une énergie fiable pour produire, des emplois durables, des bénéfices pour les femmes et jeunes ; d’où la nécessité de prioriser des sessions de sensibilisation au plan d’investissement dans les zones ciblées.
- Le gouvernement doit réviser les codes des collectivités locales, et rendre obligatoires les études de référence économique détaillées avant tout projet énergétique, en complément des études d’impact socio-environnementales.
- La transition énergétique reste incomplète si elle ignore les femmes : elles subissent les impacts sans en tirer de bénéfices. Les projets énergétiques devront dans le futur intégrer des marqueurs de genre et des actions inclusives, facteur indispensable pour une transition équitable et durable.
- Les financements et les projets énergétiques doivent être conditionnés à la transparence, à la participation communautaire, à la redevabilité et à des engagements clairs sur les emplois locaux, les mesures de mitigation et la redistribution des bénéfices.
- Le JETP réussira si le Sénégal renforce les capacités des collectivités, adopte des modèles contractuels types et met en place des mécanismes transparents de suivi multi-acteurs. La société civile (PACTEJ) doit poursuivre son rôle d’information, de veille et d’accompagnement.
Le Sénégal dispose d’un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables ; notamment solaire, éolienne et hydraulique ; qui reste encore largement sous-exploité. Dans une perspective d’un mix énergétique et en vue d’une transition vers des énergies moins polluantes, le pays s’est engagé depuis quelques années dans le développement de projets renouvelables, notamment à l’échelle territoriale avec 30 % de la puissance installée du pays.
Par ailleurs depuis 2023, le Sénégal a rejoint le Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (Just Energy Transition Partnership - JETP) avec un objectif d'augmenter à 40% en 2030 la part des renouvelables, réduire les coûts de production, améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales, créer des emplois locaux, limiter les impacts environnementaux et stimuler le développement des territoires. Toujours en phase de conception et de validation, ce mécanisme devra être accompagné d’un plan d’investissement non encore publié, composé de 34 projets validés dont 11 seulement ont trouvé un financement. Dans ce plan d’investissement, le gouvernement reconnait la nécessité de la mise en place d’un organe, d’une commission ou d’un groupe de travail dédié à l’équité et à la justice dont la mission serait « d’évaluer les projets » et qui « pourra demander des modifications ou amendements pour un meilleur respect des critères équité ; justice », avec un focus particulier sur les impacts sociaux des projets retenus notamment sur le plan des emplois, du contenu local, la formation, le dialogue social, le genre et les droits humains.
Dans cette perspective, la transition énergétique ne doit pas se réduire à un simple changement technologique ou à des objectifs quantitatifs de production, elle doit être juste et équitable. Ceci implique d’intégrer les besoins et les voix des communautés directement affectées, de réduire les inégalités, de préparer les collectivités aux transformations à venir et de garantir que les bénéfices de cette transition profitent à tous, en particulier aux groupes les plus vulnérables.
Cette présente analyse s’inscrit dans la continuité des travaux sur le JETP au Sénégal, développés par le Natural Resource Governance Institute et ses partenaires de la société civile sénégalaise dans l’objectif d’amplifier les voix des communautés et des collectivités territoriales susceptibles d’accueillir les projets énergétiques. Elle vise à tirer des enseignements des centrales implantées à Bargny (charbon), Malicounda (éolien), ainsi qu’à Méouane et Taïba Ndiaye (solaires), en mettant en évidence les expériences des municipalités et des communautés locales sur les pratiques de gouvernance et les impacts socio-environnementaux de ces projets. Aussi, elle analyse les pratiques de mise en œuvre des projets de renouvelables, les écarts entre les principes affichés de « transition juste » et les réalités vécues sur le terrain, afin de formuler des recommandations concrètes et actionnables.
Authors
Abdoulaye Ba
Senegal Senior Program Officer
Aida Diop
Senegal Country Manager