Prévenir la corruption dans les chaînes d’approvisionnement africaines en minerais de transition
Messages clés
- Les ressources minières africaines font l’objet d’une attention croissante qui pourrait attirer les investissements dont le continent a besoin ou alimenter des objectifs de développement plus vastes. Cependant, de nombreux citoyens voient d’un œil méfiant la perspective d’un nouveau boom minier. Le secteur est devenu synonyme de corruption préjudiciable et coûteuse, souvent perpétrée par des élites riches et des entreprises étrangères qui sont capables d’éviter ses pires conséquences.
- En parallèle, les acteurs de la lutte contre la corruption doivent rester à l’affut de l’apparition de nouvelles dynamiques ou de changements de dynamique, par exemple l'importance croissante portée à la valeur ajoutée ou les défis concernant l’accès au financement. Ils doivent aussi porter plus d’attention aux questions qui ont longtemps été éludées comme le croisement entre la corruption et d’autres types de préjudices qui affectent le secteur minier.
- Si la corruption, ses causes et ses conséquences ne sont pas prises en charge de manière adéquate, cela donnera lieu à encore plus de préjudices et d’instabilité, pour les pays africains mais aussi pour les chaînes d’approvisionnement des minerais nécessaires à alimenter la transition verte.
- Afin de traiter ces questions de manière efficace, il est essentiel de bien comprendre la nature précise de la corruption qui affecte chaque pays, bien que les leviers de corruption soient généralement d’origine mondiale. La responsabilité des solutions de lutte contre la corruption à long terme doit donc être partagée entre les dirigeants africains, les décideurs des principales juridictions commerciales, les acteurs multilatéraux comme l’Union africaine et la Banque africaine de développement, les entreprises qui constituent la chaîne d’approvisionnement, les investisseurs et la communauté donatrice.
- Il est donc crucial de prendre en charge cette corruption afin d’éviter de voir se reproduire les injustices du passé. Nous connaissons déjà de nombreux risques liés à l’accès politique et à l’espace civique, aux processus d’octroi de licences et de contrats pour des projets miniers, au rôle des entreprises publi ques et aux processus de collecte des revenus issus du secteur. Cela signifie que nous pouvons tirer d’importantes leçons des efforts réalisés par les réformateurs à travers le continent, et au-delà, pour combattre ces préjudices.
L’histoire de l’exploitation minière africaine est criblée d’injustices, dont la plupart sont ancrées dans la corruption. Peu d’Africains peuvent affirmer avoir tiré des bénéfices de l’exploitation minière. Dans certains endroits, les pots-de-vin versés dans le secteur ont accru ces inégalités, alimenté la violence et l’instabilité politique, mais aussi aggravé les préjudices sociaux et environnements. Parmi ces derniers figurent les déplacements forcés, la spoliation des terres, la distorsion des systèmes économiques et de subsistance, les problèmes de santé dont souffrent les travailleurs et les populations alentour, la déforestation et la pollution, ainsi que divers conflits.
Nous assistons actuellement à une nouvelle ruée géopolitique pour contrôler les mines africaines, qui est principalement liée à la transition énergétique mondiale. Sans accès aux métaux et minerais africains, le monde aura du mal à se passer des sources d’énergie alimentées par des combustibles fossiles. Le continent détient 19 % de toutes les réserves de métaux nécessaires pour fabriquer un véhicule électrique à batterie standard, et au moins 1/5 des réserves d’une dizaine de minerais critiques à la transition énergétique. Dans certaines chaînes d’approvisionnement comme celles du cobalt et du manganèse, les pays africains représentent plus de 50 % de la production mondiale.
L’appétit croissant pour les richesses minérales de l’Afrique risque de s’accompagner d’une augmentation semblable de la corruption. Cela aurait des conséquences néfastes pour les communautés et la nature, les budgets publics et notre capacité collective à mener une transition énergétique juste. Dans les précédents booms des matières premières, les transactions frénétiques et la promesse de profits exceptionnels ont encouragé les pots-de-vin et l’enrichissement personnel, tandis que les régulateurs et acteurs de surveillance peinaient à suivre le rythme.
Il faut que cette fois-ci soit différente. L’exploitation minière représente au moins 8 % des revenus publics totaux des 15 économies africaines les plus dépendantes des minerais, mais n’a généré que peu d’opportunités pour les entreprises africaines dans les segments fournisseurs et les chaînes de valeur utilisant les minerais. Si elle n’est pas prise en charge, la corruption contribuera à créer un nouveau « colonialisme vert » où les Africains verront leurs minerais envoyés à l’étranger pour décarboner les économies des pays les plus riches.
Ils n’en profiteront pas, mais subiront les principales conséquences de la dégradation environnementale et du changement climatique.
Un autre défi auquel est confronté le continent en ce qui concerne la lutte contre la corruption dans le secteur minier est l’épuisement. Face à des structures corrompues profondément ancrées, maintenir le moral et l’engagement dans la lutte contre la corruption est l’un des plus grands défis. Les initiatives de lutte contre la corruption et mesures de répression se sont succédé dans
de nombreux pays, mais les conditions de vie quotidienne des Africains ne se sont pas améliorées au même rythme. Qu’il s’agisse du patronage et du clientélisme, de la loyauté envers les liens ethniques et familiaux, du fait d’offrir et de recevoir des cadeaux ou d’un manque de confiance dans les institutions, certains de ces défis peuvent refléter des valeurs et des pratiques socioculturelles plus profondes. En parallèle, les stéréotypes liés à la corruption sur le continent ont également causé des préjudices et rendu difficile l’obtention d’investissements essentiels, tandis que les entreprises et agents ayant versé des pots-de-vin ont souvent réussi à préserver leur réputation. Cependant, ignorer ces injustices n’est pas une option si l’Afrique doit avoir un avenir plus juste et plus propre.
Grâce aux nombreuses années d’expérience de NRGI dans les pays africains riches en minerais, nous avons identifié quatre domaines qui continuent de poser de réels problèmes de corruption pour le continent : l’accès politique et l’espace civique, les processus d’octroi de licences et de contrats pour des projets miniers, le rôle des entreprises publiques et la collecte des revenus. Ce document décrit les principaux risques liés à ces domaines et donne quelques exemples pratiques d’efforts de réforme. Il cite également plusieurs problèmes auxquels les acteurs de lutte contre la corruption devront être attentifs au cours des prochaines années, notamment les risques de corruption concernant les demandes croissantes en faveur d’une plus grande valeur ajoutée, les difficultés à obtenir des investissements, ainsi que les préjudices sociaux et environnementaux qui touchent le secteur. Ce faisant, nous espérons renouveler l’attention portée à ce sujet et soutenir les efforts assidus des acteurs de lutte contre la corruption qui œuvrent à travers tout le continent.
Authors
Susannah Fitzgerald
Governance Officer
Aaron Sayne
Lead, Sustainable Energy Supply
Mohamed Cisse
Guinea Program Officer
Moise Liboto Makuta
Country Manager, DRC