Faire du plan d’investissement JETP du Sénégal un cadre réalisable et équitable
Messages clés
- Les parties prenantes chargées de la mise en œuvre du JETP doivent divulguer davantage de données relatives á ce partenariat financier. Une plus grande transparence et une meilleure concertation des parties prenantes permettront de garantir que les projets soient sélectionnés et mis en œuvre de manière plus équitable, et adaptés aux besoins des communautés.
- Le gouvernement sénégalais doit veiller à ce que tous les projets du plan d’investissement du JETP soient cohérents avec les autres stratégies et engagements pris en matière d’énergies renouvelables, de production d’électricité à partir de gaz, de sortie du charbon, de réduction des émissions, de croissance économique, et du prix de l’électricité. Toute incohérence entre le plan investissements du JETP et la politique gouvernementale pourrait compromettre les progrès entrepris dans la réalisation des objectifs prioritaires du secteur énergétique et nuire à la crédibilité de l’accord.
- Le plan d’investissement du JETP comprend de nombreux projets bienvenus, mais néglige certains types de soutiens et d’accompagnements porteurs d’une grande durabilité et d’un impact économique significatif pour le Sénégal. Ces lacunes concernent notamment l’insuffisance des capitaux alloués au réseau électrique, une participation encore limitée au capital des projets raccordés au réseau, des niveaux de subventions trop faibles pour l’électrification rurale, ainsi que l’absence ou l’insuffisance de garanties et d’assurances fournies par des tiers.
Le Sénégal a publié son plan d'investissement JETP, fruit d'un travail important. Dans sa forme actuelle, elle alloue des projets « Quick Win » d'une valeur d'environ 2 milliards d'euros sur un besoin total exprimé de 9,5 milliards d'euros, servant des objectifs ambitieux (accès universel à l'électricité d'ici 2030, 40 % de la capacité renouvelable installée d'ici 2030, électrification de 8 523 autorités locales). Le JETP du Sénégal devrait être un outil de transition énergétique et un levier pour un développement inclusif. Cependant, sa mise en œuvre se fait dans un contexte international plus fragile, ce qui souligne l'importance d'une mise en œuvre fiable, transparente et crédible. Mais la confiance dans le mécanisme nécessite désormais une plus grande transparence, un alignement strict avec les plans nationaux et des décisions financières qui rendent le JETP viable, inclusif et durable.
Une transparence accrue sur la mise en œuvre du JETP et une description claire des bénéficiaires des investissements du JETP ainsi que la nature et les modalités de ces bénéfices est nécessaire, car le JETP n'est pas seulement un ensemble de lignes de crédit et de mégawatts installés : c'est la promesse d'une transformation concrète de la vie quotidienne des citoyens. Au Sénégal, cette promesse prévoit un accès plus égal à l'électricité, des factures abordables, des opportunités économiques locales et une réduction des divisions territoriales et sociales entre zones urbaines et rurales. Sans données fiables, accessibles et partagées, il devient difficile de vérifier si cette promesse est tenue ou, au contraire, si JETP risque de reproduire (voire d’aggraver) les inégalités existantes. Par conséquent, dans le briefing, il est recommandé de consolider la base de données de référence sur l'énergie (proposition, proposition, mix, accès distribué par zone), de publier un calendrier clair et détaillé de projet par projet, et d'indiquer clairement les dépenses budgétaires réelles de l'État. La mise en œuvre du module budgétaire JETP et du panel public transformera JETP d'un engagement technocratique en un contrat mesurable de confiance entre l'État, les partenaires et les citoyens. La question va d’ailleurs bien au-delà de la transparence au sens strict. Il s'agit également de la territorialisation du JETP à travers la définition précise des communautés bénéficiaires, les arbitrages urbain-rural, ainsi que les méthodes d'électrification choisies pour chaque localité ; garantir une participation efficace des autorités locales, des communautés, des syndicats et de la société civile, ce qui va au-delà de simples consultations ponctuelles ; et la mise en œuvre de mécanismes spécifiques de responsabilité permettant des ajustements de trajectoire lorsque les résultats sociaux, territoriaux ou tarifaires s'écartent des objectifs.
Le succès du JETP dépend également de son alignement avec les politiques énergétiques nationales et de la trajectoire de décarbonation du pays. Le déploiement accéléré des sources d'énergie renouvelable ne sera économiquement viable que si les investissements dans le réseau (lignes, sous-stations, gestion des discontinuités) se font au même rythme. De plus, bien que le Sénégal réaffirme un objectif de 40 % de capacité renouvelable d'ici 2030, la planification à long terme reste fortement axée sur le gaz, avec une prévision de plus de 3 GW d'ici 2050. Sans clarifier le lien entre le gaz et les énergies renouvelables (et sans stratégie claire pour éliminer progressivement le charbon) le pays risque de consolider son bilan énergétique autour du gaz, ce qui nuirait au potentiel solaire et éolien ainsi qu'aux objectifs climatiques.
Enfin, les décisions financières détermineront si JETP est viable, inclusive et durable. Bien que le profil global de financement soit majoritairement préférentiel, il présente des faiblesses : une forte dépendance à la dette, une proportion limitée de subventions et subventions, et une structure de capital très déséquilibrée pour les projets d'énergie renouvelable avec des niveaux de capital extrêmement faibles. Le briefing recommande de renforcer les investissements locaux (fonds souverains, assureurs, fonds de pension), d'augmenter les subventions pour les segments à forte utilité sociale, et de mieux protéger les consommateurs contre les risques tarifaires et monétaires ainsi que contre les points de paiement ou de paiement. Enfin, la concentration des paiements prévue pour 2026–2027 nécessite une séquence séquentielle réaliste et un renforcement progressif des capacités de rachat et de gestion des projets gouvernementaux.
Authors
Papa Daouda Diene
Senior Economic Analyst, Francophone Africa
Aaron Sayne
Lead, Sustainable Energy Supply
Aida Diop
Senegal Country Manager