La République démocratique du Congo face aux enjeux de la transition énergétique: Transformer la richesse minière en levier de développement durable
Messages clés
- La République démocratique du Congo (RDC), acteur important de la chaîne de valeur mondiale des technologies ’d’énergie propre, est actuellement à un tournant décisif. Cette position offre au pays des opportunités significatives, mais pose également des risques. Pour tirer le maximum de bénéfices de la transition énergétique, des réformes ciblées et structurelles s’imposent.
- La RDC doit assurer une gouvernance stricte et responsable, sans quoi elle perdra économiquement ses minerais stratégiquement importants. Elle doit combler ses lacunes, notamment par le renforcement des réglementations et l’atténuation des dommages causés par l’exploitation minière, en particulier l’exploitation minière à petite échelle, dont les activités s’accompagnent souvent de graves violations des droits de l’homme et de catastrophes écologiques. Elle doit prendre des mesures aussi audacieuses que percutantes afin de rendre la transition énergétique durable possible. Celles-ci s’articulent autour de plusieurs axes : le renforcement de traçabilité, la protection des forêts du bassin du Congo, une surveillance indépendante, l’obtention de financements de l’action climatique qui tiennent compte de critères de durabilité.
- L’élaboration d’une stratégie nationale sur les minerais de transition pour la RDC, pluridisciplinaire impliquant une diversité d’expertises et de sensibilités et alignée sur une stratégie nationale de la transition énergétique, est peut-être le changement le plus important nécessaire pour une transition réussie. Les efforts à cet égard se heurtent toutefois à la fragmentation des politiques et à l’absence de coordination institutionnelle. Il est urgent d’harmoniser les objectifs énergétiques et miniers, en tenant compte des initiatives amont du secteur minier pour améliorer l’accès à l’électricité, favoriser une industrialisation durable et répondre aux enjeux climatiques nationaux et mondiaux.
- Pour renforcer la gouvernance au sein du secteur minier de la RDC, il apparaît urgent d’améliorer la transparence des contrats : leur publication doit être pleinement assurée et dans les délais prescrits. La priorité doit être donnée à la lutte contre la corruption, notamment en assurant une transparence accrue sur les bénéficiaires effectifs, tout comme une meilleure supervision des ’entreprises d’État. Des principes de transparence et de redevabilité doivent être inscrits dans les dispositifs de valorisation des ressources ainsi que dans des mécanismes de suivi impliquant la société civile pour garantir que les investissements sont bien réalisés de manière responsable et durable.
- La mobilisation des ressources intérieure, issues des minerais de transition, est un enjeu de taille pour la transition énergétique en RDC, qui peut capitaliser sur ses ressources naturelles et faire évoluer son système fiscal complexe. Au-delà des signaux envoyés par des initiatives comme la suspension des exonérations de TVA ou de réformes fiscales, il semble nécessaire de traiter et d’agir sur les nouveaux défis qui surgissent avec la spéculation sur ces titres miniers ou l’évasion fiscale des multinationales. Une révision approfondie des régimes fiscaux et de traçabilité, ainsi qu’une meilleure gestion des exonérations et des investissements miniers, sont cruciales pour maximiser les recettes et soutenir une transition énergétique équitable et durable.
- En RDC, la gestion des minerais de transition, comme le cobalt et le cuivre, reste marquée par des problèmes de gouvernance, de corruption et d’exploitation non durable. Malgré un potentiel économique immense, la volatilité des prix des minerais et l’absence de mécanismes de contrôle renforcent la vulnérabilité du pays. Il est indispensable d’engager des réformes axées autour de la transparence, de l’amélioration de la régulation des entreprises minières et de la redistribution des bénéfices pour faire en sorte que les richesses minières profitent réellement à la population et participent à un développement économique durable.
- La RDC, riche en ressources minières stratégiques, doit maximiser la valeur ajoutée locale de ses minerais de transition, notamment le cuivre et le cobalt, en développant des capacités de raffinage et ses industries régionales. Il n’en reste pas moins que des investissements considérables dans les infrastructures logistiques, énergétiques et les compétences locales seront nécessaires pour surmonter les défis. Une coordination régionale efficace et la gestion pragmatique des ambitions, sont essentielles pour réussir cette transition tout en minimisant les impacts environnementaux et sociaux.
La transition énergétique mondiale se présente comme un impératif crucial dans la lutte contre le changement climatique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’assurance d’un avenir énergétique durable pour les générations à venir. Les minerais de transition tels que le lithium, le cobalt, le cuivre et le nickel sont indispensables à la production de technologies innovantes, notamment les batteries de véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie renouvelable.
Cette transition coïncide avec une numérisation croissante qui exploite les ressources énergétiques et utilise une quantité significative de minerais de transition. Le passage à une économie mondiale à faible émission de carbone présente à la fois des défis et des opportunités pour les pays producteurs de ces minerais. Bien qu’ils puissent bénéficier de la demande croissante de minerais de transition, ils doivent également relever les défis de gouvernance, de durabilité environnementale et sociale, ainsi que la maximisation des retombées économiques pour leurs populations.
La RDC, avec son potentiel minéral inégalé, occupe un rôle pivot dans le soutien du processus de transition énergétique. À l’échelle mondiale, la RDC est le plus grand producteur de cobalt et le troisième producteur de cuivre. Ces deux minerais sont vitaux pour les technologies énergétiques innovantes et la transition énergétique mondiale devrait accroître leur demande. La RDC possède également d’importantes réserves de lithium et de nickel, de coltan, de tantale, entre autres, qui sont également essentiels à la transition énergétique globale. Dans un scénario de neutralité carbone, la demande de cobalt devrait être multipliée par 2,2 d’ici 2040, tandis qu’on peut s’attendre à ce que celle du cuivre, du lithium et du nickel augmente respectivement par un facteur de 1,5, de 8,7 et de 2,1.
Afin de capitaliser les opportunités qu’offre la transition énergétique mondiale, la RDC devra relever des défis majeurs sur les plans de la sécurité, de la politique et de l’économie, avec pour priorité de rendre le secteur extractif plus attractif. Cette démarche est essentielle alors que la RDC reconnaît le rôle qui lui incombe dans la transition énergétique mondiale en vertu de ses réserves de minerais de transition. Par ailleurs, la biodiversité exceptionnelle de la RDC et son rôle clé en tant que puits de carbone mondial renforcent l’importance de protéger ses écosystèmes tout en développant de manière durable le secteur extractif. Trouver un équilibre entre ces impératifs est crucial pour asseoir le développement durable du pays et contribuer aux efforts globaux de lutte contre le changement climatique.
Le nouveau gouvernement élu aura pour défi majeur l’impératif de maximiser les retombées des réserves stratégiques de minerais de transition de la RDC, sans aucun temps à perdre. Ceci dans le but d’assurer un gain triple :
- l’amélioration des conditions de vie des citoyens congolais,
- la réduction des impacts sociaux et environnementaux
- et la contribution à la transition énergétique mondiale.
Bien que le chemin à parcourir soit long et semé d’embûches, surmonter les défis et réaliser ces gains est possible si un diagnostic adéquat est réalisé et conduit à une prise de décisions éclairée. Le secteur minier de la RDC est confronté à des défis structurels, d’où l’urgence des réformes à entreprendre pour maximiser les bénéfices de son potentiel minéral.
Par ailleurs, la biodiversité exceptionnelle de la RDC et son rôle clé en tant que puits de carbone mondial renforcent l’importance de protéger ses écosystèmes tout en développant de manière durable le secteur extractif. Trouver un équilibre entre ces impératifs est crucial pour asseoir le développement durable du pays et contribuer aux efforts globaux de lutte contre le changement climatique.
Loin d’être un diagnostic exhaustif, cette note dresse un tableau général des enjeux de gouvernance de ses ressources et des possibilités qui se dessinent en vue de mieux exploiter sa richesse minérale auxquels est confrontée la RDC afin de stimuler un développement durable et une croissance inclusive. Elle fait ressortir 6 enjeux majeurs autour desquels les autorités congolaises devront se mobiliser, à savoir : la sécurité humaine (problèmes environnementaux, atteintes aux droits humains, et conflits), le pilotage de la transition énergétique, la transparence et la lutte contre la corruption, la mobilisation et la gestion des revenus, ainsi que la valorisation locale des minerais de transition.
Conçu comme un outil de dialogue, ce document s’adresse aux acteurs nationaux et internationaux, qu’ils soient issus de l’administration publique ou de la société civile. Son élaboration s’est appuyée sur une analyse documentaire approfondie, des contributions de plus d’une trentaine d’organisations de la société civile lors de deux ateliers collaboratifs (au lancement de la recherche et après le premier projet de rapport), ainsi que des entretiens avec diverses parties prenantes gouvernementales.
En identifiant les priorités nécessitant des actions urgentes de la part du gouvernement et de ses partenaires, cette note espère catalyser un dialogue constructif, à renforcer le plaidoyer pour une meilleure gouvernance des ressources, et à préparer les communautés à relever les défis et saisir les opportunités de la transition énergétique.
Authors
Moise Liboto Makuta
DRC Country Manager
Papa Daouda Diene
Senior Economic Analyst, Francophone Africa