Minerais de transition en Guinée : enjeux de valorisation et de gouvernance
Messages clés
- Même si l’on met souvent en avant des minerais comme le lithium et le cobalt, il est important de rappeler que la bauxite, le fer et le graphite jouent également un rôle essentiel dans la transition énergétique mondiale. La bauxite, source d’aluminium, est cruciale pour les panneaux solaires et les véhicules électriques. Le fer quant à lui est à la base de la production d’acier, matériau incontournable pour la construction d’infrastructures d’énergies renouvelables et, avec l’essor de l’acier vert, il pourrait jouer un rôle déterminant dans le contexte de la décarbonation industrielle. Enfin, le graphite constitue un composant clé des batteries lithium-ion utilisées à la fois pour le stockage d’énergie et pour la mobilité électrique.
- La Guinée, avec ses importantes réserves de minerais tels que la bauxite, le fer, le graphite entre autres, est en position privilégiée pour contribuer à répondre à la demande mondiale croissante en minerais indispensables à la transition énergétique.
- À ce jour, la contribution de la Guinée se limite principalement à l’exportation de minerais à l’état brut, particulièrement la bauxite. Cette limitation pourrait restreindre l’ajout de valeur économique au niveau national et donc réduire les bénéfices économiques potentiels qui pourraient être tirés de ses ressources. S’il reste simple fournisseur de matières premières, le pays accroît sa dépendance au secteur orienté vers l’exportation, ce qui pourrait, dans certaines conditions, affaiblir les autres secteurs d’activités économiques, et ce d’autant plus en l’absence d’une véritable politique de diversification économique. Développer les capacités de transformation locale, telles que le raffinage de l’alumine, la fonte de l’aluminium, la fabrication des batteries Li-ion ou la production d’acier vert,pourrait permettre à la Guinée de capter de la valeur ajoutée, de diversifier son économie et de créer des emplois qualifiés tout en augmentant les recettes fiscales. Cependant, cela nécessite une stratégie claire pour maximiser les bénéfices, qui tienne compte des coûts directs et indirects ainsi que des compromis associés, pour repérer les possibilités réelles qui se présentent. Cela permettrait de déterminer les maillons des chaînes de valeur sur lesquels le pays devrait se focaliser pour soutenir la compétitivité de ces industries. La promotion d’industries de transformation locale pourrait également réduire sa dépendance aux exportations brutes et accroître sa résilience économique. Toutefois, bien qu’un débat intense et que des annonces aient eu lieu autour du raffinage de l’alumine en Guinée, des difficultés demeurent, notamment en ce qui concerne la mise en oeuvre de ces projets.
- Malgré d’importants progrès accomplis en matière de gouvernance des ressources minières, il reste crucial d’améliorer la transparence, de lutter contre la corruption et d’assurer l’application effective du cadre réglementaire pour garantir une gestion responsable des ressources minières, et du secteur industriel en aval. Un renforcement de la gouvernance est indispensable afin que la transition énergétique profite économiquement à l’ensemble des acteurs guinéens et assure ainsi une croissance inclusive et un développement durable.
- L’engagement actif de la société civile est crucial pour assurer une gouvernance vertueuse des ressources minières, en veillant à ce que les processus de décision soient transparents, inclusifs et respectueux des normes sociales et environnementales. Sa participation renforce la reddition de comptes, soutient une répartition équitable des bénéfices et contribue à un développement durable véritablement centré sur les besoins des populations.
Face aux défis du changement climatique, l’Accord de Paris sur le climat a marqué un tournant décisif dans la lutte pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Bien que la Guinée, signataire de cet accord, émette peu de gaz à effet de serre – environ 2,12 t par an et par habitant, bien en deçà de la moyenne mondiale de 6,15 t par habitant, elle figure parmi les pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique. La transition énergétique mondiale devrait être perçue en Guinée comme une opportunité de valorisation des ressources naturelles et de développement économique. L’exploitation des « minerais de transition » pourrait contribuer à répondre à une demande croissante tout en s’inscrivant dans cette dynamique globale. Ce positionnement lui permettrait ainsi de tirer parti non seulement des évolutions du marché, mais aussi de contribuer, à son échelle, à la transition vers une économie plus sobre en carbone.
Au moins 23 minerais sont indispensables pour la transition énergétique, en raison de leur rôle clé dans la fabrication de batteries, de panneaux solaires, d’éoliennes, et d’autres infrastructures nécessaires à la décarbonation de l’économie mondiale. La Guinée, avec son potentiel minier, incluant des ressources stratégiques telles que la bauxite, le fer, le graphite, est dans une position privilégiée pour devenir un acteur clé d’un avenir énergétique mondial durable, et ainsi augmenter la contribution du secteur minier au développement durable du pays. Ce, en étant non seulement un pilier central dans la fourniture des minerais nécessaires à cette transition, mais également en maximisant la valeur ajoutée en Guinée associée à celles-ci.
Pourtant, cette ambition nécessite de surmonter plusieurs défis liés à la gouvernance du secteur, à la création de valeur ajoutée locale et à l’implication active de la société civile pour une gestion rationnelle et équitable des ressources minières. Selon la dernière évaluation de l’Indice de gouvernance des ressources 2021 (RGI) la Guinée a fait d’importants progrès en accédant au niveau de performance supérieure « Satisfaisant ». Toutefois, des défis demeurent, notamment en ce qui concerne la mise en oeuvre effective du cadre juridique, la lutte contre la corruption et la transparence, la protection de l’environnement, et le respect des droits civiques. Renforcer la gouvernance du secteur minier est une condition préalable indispensable pour garantir que les retombées économiques de l’exploitation des minerais de transition soient effectivement captées dans le pays et redistribuées équitablement.
La volonté politique des autorités actuelles et une position de négociation plus favorable pourraient permettre d’obtenir de meilleures retombées économiques pour le pays. Par exemple, sous certaines conditions, la création de raffineries d’alumine pour la bauxite, d’aciéries et de valorisation du graphite pour les batteries lithium-ion, pourrait offrir des perspectives de création d’emplois, d’augmentation des recettes fiscales et de réduction de la dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Il est néanmoins indéniable que la mise en oeuvre de tels projets est toujours compliquée, en témoignent les échecs répétés des gouvernants précédents dans leurs tentatives de les mener à bien.
Authors
Mohamed Cisse
Guinea Program Officer
Papa Daouda Diene
Senior Economic Analyst, Francophone Africa
Matthieu Salomon
Lead, Anticorruption